On est tous l’étranger d’un autre


Je n’ai rien contre les étrangers. Le problème, c’est que, d’une part, ils parlent pas français pour la plupart… Et selon le pays où on va, ils parlent pas le même étranger. Coluche

Je me suis toujours demandée qui j’étais, à quelle patrie j’appartenais. Et je dois dire que je ne le sais toujours pas.

Comme L’étranger de Camus je n’ai pas ma place dans la société, pas dans le sens où je suis marginalisée, dans le sens où je n’ai pas de patrie.

C’est quoi son charabia?

Bien sûr notre passeport indique formellement notre « provenance » (on est pas du bétail, mais presque!) mais dans le fond ne reflète pas qui nous sommes. Combien de Karana (indiens de Madagascar) ont la nationalité malgache sans pourtant sentir d’appartenance à ce pays? Combien de malgaches ont la nationalité française et crachent systématiquement sur le gouvernement français? Combien de personnes sur terre ont adopté une nationalité seulement pour les bénéfices qui peuvent en être retiré?

Au delà du passeport il y a l’attachement à un pays. Quand je dis que je suis étrangère c’est que je n’ai fait que voyager dans ma vie (qui ne fait que commencer d’ailleurs!) et de ce fait n’ait pas ressenti cet amour que la plupart des gens ont pour leur pays. J’ai passé  la casi-totalité de mon enfance et de mon adolescence en Afrique c’est pourquoi je me sens africaine. J’ai le teint clair, et alors?

Le quart de mon sang est sénégalais, je me sens moyennement (nuançons bien la chose!) sénégalaise et de plus j’ai toujours été considérée comme la Toubab (vazaha, étrangère).  Ce que je me demande réellement est comment (avec un regard extérieur) pouvons nous juger de l’attachement (qu’il soit affectif ou purement génétique) de quelqu’un à un pays?

De quoi dépend ce jugement? 

Si on remonte dans le temps (comme le fait si bien Marty McFly dans Retour vers le futur) on constatera qu’à la base tous les hommes viennent d’Afrique. Si, si, je vous assure. L’homme (ou homo sapiens) est né en Afrique il y a des milliers d’années et a ensuite migré vers les autres continents. Bref, je vais pas vous faire un cours d’anthropologie (parce que j’y connais rien et parce que  c’est CHIANT).

Je crois que la base, c’est de parler la langue du pays. Néanmoins je cottoie des malgaches qui ne parlent pas un mot de cette langue et qui ne s’en sentent pas moins malgache! En réalité, cette question est vraiment personnelle. C’est aussi une histoire de coup de coeur avec le pays, les habitants, la culture. C’est un tout.

On arrive à l’éternelle question QUI SUIS-JE?

Le pays où j’ai passé le plus de temps dans ma vie est Madagascar. Est-ce que cela fait de moi une malgache de coeur?

Ps: Je ne renie en rien ma nationalité française, c’est juste que n’ayant jamais habité en France je ne ressent pas d’amour fort entre ce pays et moi. Même si c’est un très beau pays.

Comme disait notre cher et tendre Descartes : « Lorsqu’on emploie trop de temps à voyager on devient enfin étranger en son pays. »

Parlez-moi de vous plutôt. Qui êtes-vous réellement? Votre passeport vous ment-il?

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7 thoughts on “On est tous l’étranger d’un autre

  1. kristobalone

    Pierre Desprosges est formel. il y a de plus en plus d’étranger dans le monde entier !
    Pour ma part, je suis Français, Parisien d’origine, Alsacien d’adoption et j’ai le privilège de voyager un peu, de parler plusieurs langues, d’avoir épousée deux femmes de nationalité différentes de la mienne (pas en même temps, hein !), d’avoir trois enfants de sang mêlé. Au bout du compte et avec tout ce que cela suppose comme déchirement et de complexité, je me sens un habitant de la terre, né quelque part par hasard, prêt à vivre partout ailleurs et à partager avec tous.

  2. David

    Moi je vais bientot avoir passé (ça n’existe pas cette forme de conjugaison) plus de temps en France qu’à Mada et me pose la question de la nationalite francaise. Toujours pas de reponse …

  3. ojeyzzieo

    Personnellement, l’attachement à un pays est pour moi quelque chose de factice, c’est quelque chose comme le dirait kristobalone qui tient du hasard.

    Le sentiment croit lors des batailles et se crée par antagonisme aux ‘autres’, pour se chercher et se trouver une identité en se construit par comparaison et opposition à un peuple qu’on auras au préalable désigné comme différent: Pour moi ça n’a pas de sens.

    Je suis malgache, parce que j’en ai adopté les coutumes et m’identifie à ces traditions. Un sentiment de fierté nationaliste malsain ? Très peu pour moi. Un reniement des mes racines ? Encore moins.
    Et là vous voyez l’efficacité de cette identification/lavage de cerveau (entourer la bonne réponse)

  4. Sinoa

    Est-ce que savoir qui l’on est est une fin en soi ? Je crois que oui. C’est pour cela qu’il vaut mieux le découvrir le plus tard possible. Ne pas savoir identifier sa propre appartenance (ethnique, nationale, géographique, génétique…) n’est pas un handicap. C’est une case vide qui se remplit au fil de l’existence. Un moteur, en fin de compte.

    Je tombe sur cet article par hasard en rentrant d’une course où une fois encore, je me suis fait embêtée dans la rue « SINI ! SINI ! NIHAO ! » [sini = chinois en arabe] … Je me suis dit, non sans aigreur qu’en France au moins on ne me fait pas chier de la sorte. Réflexion faite, même dans mon propre pays on me montre du doigt et on se moque de moi : « SINOA ». J’ai vécu toute ma vie à Madagascar, immigré en France il y a 3 ans et j’habite en Egypte depuis 7 mois. Je serai toujours « la Chinoise ».

    Prochaine étape : la Chine ! On verra bien…

  5. Pastille

    Moi aussi je suis le produit d’un quart de ci et d’un quart de çà, née sur un bout de terre qui a accueilli mes parents. Je me suis cherchée pendant longtemps. Et bien aujourd’hui, je me sens plus chien que citoyenne du monde (çà valait l’introspection sur un quart de siècle !). Comme quoi, on se trimballe tous, ses tares… lol

  6. sara

    Moi je suis Malgache (je préfère dire Malagasy mais bon, passons… hors sujet), née et élevée à Madagascar jusqu’à mes 17 ans. Jusque là donc, je me sens complètement « gasy ». Aucun problème. Puis je suis partie vivre en France pour une bonne dizaine d’années. Je me suis forgée toute seule là bas, mes opinions, mes goûts, etc. Bref, c’est un peu comme si c’est là bas que j’ai « réellement » grandi, mûri. Maintenant, je suis de retour au pays, et franchement, c’est un peu déboussolant. J’ai perdu mes anciennes repères, les gens me trouvent différente, changé, voire bizarre. Je ne les comprend plus trop, c’est frustrant dèsfois. Il parait que quand on part, on ne revient jamais. Je ne sais plus qui l’a dit, mais quiconque l’a dit avait bien raison. Aucune amertume toutefois, qu’est-ce que c’est bon de se ressourcer, retrouver sa famille! 🙂

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