Lettre ouverte à une France en souffrance


Elle est arrivée là. Dans le cabinet médical. Dans un silence des plus glaçant. Elle trainait à bout de bras une poussette au sein de laquelle dormait paisiblement Freddi, son fils d’un an.

Elle s’asseya, sans dire un mot. Ses yeux gorgés de larmes trahissent son silence et laissent percevoir toute la souffrance qu’elle porte en elle. Arrivée de Kinshasa (RDC) depuis deux semaines, elle a fui les violences qui faisaient rage dans son pays. Violée, battue, électrocutée, lynchée en public elle n’avait pas autre possibilité que de partir. Tout quitter. Elle laisse derrière elle sa mère gravement malade, son mari, sa sœur, sa vie.

Après un passage par la Libye elle arrive par bateau en France. Frôlant la noyade à chaque vague, la traversée avec son petit fut longue, éprouvante, terrible. Effroyable voyage que jamais une seconde elle ne se serait imaginée effectuer.

Elle est face à nous, nous renvoyant toute la misère que la guerre engendre. Et comme ultime humiliation elle porte maintenant en elle l’ennemi, son futur bébé, fruit d’un viol d’une milice rebelle dans sa campagne.

Elle a mal. Mal aux jambes, au ventre, au dos. Elle a mal à la tête. Elle ne pense plus. Elle ne dort plus. Elle revit chaque jour un peu plus fort ces heures de cauchemars qui la portèrent sur le continent européen.

Comment pourrait-elle aller bien ? Elle passe depuis maintenant deux semaines l’intégralité de ses nuits dans la rue, avec son petit bout d’un an, alors que les soirs d’hiver son glaçants. Elle n’a rien à manger. Elle souffre. Elle est si seule, si perdue. Elle qui voyait la France comme une mère protectrice, elle est en train de se faire broyer par cette dernière.

Elle est face à nous. Dans un silence des plus pesant elle nous crie sa détresse. Et nous ne pouvons rien faire. Nous restons là. Je prépare un biberon pour son petit Freddi. Pose une main sur son épaule, la regarde dans les yeux. Et à cet instant tout se brise en moi. Je rassemble toutes mes forces pour ne pas craquer. Je lui souris et lui dit que ça va aller, de s’accrocher.

Nous n’avons pas de solution à lui apporter. Elle quitte la pièce nous laissant anéantis. Anéantis  par l’histoire de cette femme qui n’est malheureusement pas banale.

Cette femme a de multiples visages. Cette femme c’est le quotidien des équipes ici. Cette femme vient du Congo, de Centrafrique, de Syrie, de Serbie, de Bosnie, d’Angola. Cette femme a mon visage. Le tien. Le notre.

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